Un jour, un shinigami descendit sur Terre.
 
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Asteroid blues { L

Mayumi Fukuda
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Asteroid blues { L Mer 25 Juil - 22:38

La maison n'était pas grande, mais pas ridiculement petite non plus. Il y avait exactement quatre pièces : une cuisine, assez minimaliste, une pièce à vivre où elle avait entassé toutes ses affaires dont un canapé-lit qu'elle dépliait pour dormir, un garage et un jardin qu'elle comptait comme la dernière pièce de la maison.

Mayumi était heureuse, ici. Honnêtement, ce n'était pas très beau et le toit menaçait de lui tomber sur la tête, mais elle était heureuse, seule au milieu de ces décombres et du bazar qu'elle avait accumulé.

Lorsqu'elle avait le temps, c'est à dire souvent, elle s'asseyait sur un petit tabouret en bois tendre et recommençait ses sculptures. Autour d'elle, il y avait tantôt des œuvres réussies, tantôt des choses plutôt informes. Généralement, elle essayait tout de même d'aller au bout : ça la calmait, surtout lorsqu'elle avait été témoin de chez que chose qui l'avait choquée pendant la journée, comme la mort imminente d'un inconnue.

Mayumi aimait bien être seule. Elle aimait le calme et la tranquillité.

Ici, dans ce petit havre personnel de paix, elle n'avait même pas la télévision. Elle s'y était résolu depuis longtemps et s'en passait très bien. Elle n'avait pas non plus la radio et était donc une des seules citoyennes de Tokyô qui vivait en ignorant l'existence de Kira. Dehors, au commissariat notamment, elle avait entendu des rumeurs concernant un criminel qui tuait les criminels, mais elle n'avait pas vraiment compris ces dires et les avaient pris plus pour des rumeurs qu'autre chose.

Elle vivait bien. Elle avait régulièrement des contrats en intérim, même s'ils étaient courts et avait pile ce qui lui fallait pour se nourrir. Mayumi n'avait pas accès à son compte bancaire et avait rompu depuis si longtemps le contact avec son tuteur qu'elle aurait été très embarrassée de lui demander quoique ce soit. Elle se débrouillait avec le peu de liquide qu'elle ramassait, et avec ce logement providentiel qui était un peu tombé du ciel.

Les anciens propriétaires ne s'étaient jamais manifestés : en fait, Mayumi s'était demandé si cet endroit n'était pas un ancien squatt évacué par la police, cela expliquerait les duvets éparpillés qu'elle avait retrouvé et certains tags sur les murs. Peu importait car personne n'était venu et qu'elle avait rendu ce lieu vivable.

La jeune femme se réveilla et s'étira. Elle jeta un regard à sa montre, il était environ 7 h du matin, et elle en avait pour une heure à pied pour se rendre au commissariat pointer, comme tous les matins. D'une main, elle s'arrangea un peu les cheveux avant de rendre la main vers l'endroit où elle avait posé ses lunettes de soleil, la veille.

Elle toucha le vide, ou plutôt divers choses qui s'étaient accumulées à côté du canapé, donc plusieurs Dostoïevski aux couvertures abîmées.

« Où ? »

Elle ouvrit plus les yeux, montrant leur splendeur, ou leur étrangeté selon la manière dont vous pouviez traiter ce problème, et commença à les chercher avec une vivacité qui ressemblait plutôt à du stress.
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L
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Re: Asteroid blues { L Jeu 26 Juil - 0:53




Il a neigé dans l'aube rose
Si doucement neigé,
Que le chaton noir croit rêver.
C'est à peine s'il ose
Marcher.

Ce matin était celui des sacrifices pour lui.

Il avait insisté pour sortir de bonne heure, seul, et en public. Trois paramètres nouveaux. Il n'avait pas dormi cette nuit, mais une nuit, ce n'était rien ; sortir sans Watari et/ou une garde rapprochée, c'était déjà plus corsé ; sortir dans le monde, ça, c'était un défi.

L. avait tellement vécu devant ses écrans, surtout ces derniers temps, que voir le monde réel avait quelque chose de radicalement neuf. Comme s'il respirait de l'air pour la première fois. Normalement, il était pieds nus. C'était son seul lien tangible avec la planète ; peau contre bitume. Mais pas besoin d'être un génie pour comprendre que se balader pieds nus dans ces quartiers paisibles était la meilleure manière de se faire remarquer. Alors, le jeune homme avait fait un effort. Il avait enfilé des baskets. Du genre, avec une semelle. La sensation lui était étrangère, et assez désagréable en vérité. C'était comme glisser au-dessus du vrai sol. Il avait tout fait pour ranger sa démarche, mais de l'extérieur, il devait avoir l'air de patauger. Tant pis, on ne verrait pas son visage.

Parce que L. ne sortirait pas à visage découvert. Sa tolérance s'arrêtait là.

Par-dessus son éternel pull blanc, il avait enfilé une veste ample à zip, l'un de ces trucs immondes fabriqués par les marques de sport à l'apogée de l'ère hip hop. C'était informe, noir avec trois bandes blanches sur les épaules, et il y avait une capuche. Le garçon l'avait soigneusement enfoncée sur son front. Il pouvait justifier cette dégaine par la météo : il faisait encore un peu frisquet à cette heure. Et la veste, bien qu'il l'ignorât, était à la pointe de la mode. Il s'était contenté d'acheter ce qu'il avait trouvé de plus couvrant, dans la boutique la plus proche du QG ; c'était une friperie de luxe.

Il aurait plus de mal à expliquer les grosses lunettes noires. Le temps n'était pas au soleil. De toute façon, même s'il devait les enlever, il avait prévu le coup. Watari avait passé quelques coups de fil. Le masque en latex était à la pointe, lui aussi. Il modifiait les traits d'une manière assez subtile pour rendre un effet naturel ; mais le visage devenait méconnaissable. Ce n'était pas vraiment L. qui descendait la petite rue ce matin-là. C'était juste un garçon différent.

Peut-être que c'était un mauvais calcul de sortir comme ça. Qu'il ne prendrait jamais assez de précautions. Mais il y avait ce dossier. Il voulait en avoir le cœur net, et seul.

Il a neigé dans l'aube rose
Si doucement neigé,
Que les choses
Semblent avoir changé.

Tout le long du trottoir et de ses façades coquettes, le détective comptait. Il avait mis plus de temps qu'à l'accoutumée à obtenir l'adresse : celle qu'il cherchait n'avait pas de boîte aux lettres, et il avait dû s'adresser au poste de police où elle pointait chaque matin. Il allait falloir trouver le numéro de la maison par élimination. Le jeune homme marchait lentement, tête basse et capuche sur les oreilles, son menton plus large que d'habitude enfoncé dans le col de sa veste. Et il comptait.

Il finit par s'arrêter. Ça devait être le numéro. Il releva la tête - très légèrement, et observa un instant la façade. Il testa le portillon du jardin, ne sentit pas de résistance.

Et le chaton noir n'ose
S'aventurer dans le verger,
Se sentant soudain étranger ...

Rien n'indiquait une alarme ou un chien méchant ; de toute façon, le pavillon n'avait pas une tête à être protégé par une alarme. Il n'hésita pas longtemps et remonta la petite allée gravillonnée, jusqu'à la porte. Là, le détective n'hésita pas plus que devant le portillon. Il recourba un doigt trop long, et toqua. Un, deux, trois coups. Puis il renfonça les mains dans ses poches et tourna la tête vers le ciel.

Le ciel était gris, une étoffe tissée de millions de perles. S'il avait été un peu plus poète, L. en aurait souri.



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Mayumi Fukuda
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Re: Asteroid blues { L Jeu 26 Juil - 17:42

Mayumi se souvint soudainement où étaient ses lunettes et pourquoi elle ne les trouvait plus à l'endroit habituel : elle les avait données à ce garçon du nom de Mail Jeevas en échange des siennes ! Elle retrouva la paire de lunette d'aviateur dans ce qui lui servait de salle de bain et la mit aussitôt.

C'était vraiment mieux, beaucoup plus confortable. Elle posa ses doigts sur l'élastique qui semblait avoir beaucoup servit et rabattit ses cheveux dessus. Allait-elle revoir ce garçon ? S'il le voulait bien, elle le souhaitait. C'était un de ses rares rencontres récentes qui l'avaient mise à l'aise.

Alors qu'elle passait un coup de brosse dans ses cheveux, Mayumi fut distraite par un bruit inhabituel à cette heure, mais qui ne pouvait pas être interprété autrement : dehors, il y avait quelqu'un qui avait sonné. Regardant partout autour d'elle, elle enfila rapidement un pantalon en jean usé sur sa culotte blanche et enfila une chemise trop grande pour elle qui traînait dans un coin de la pièce.

En deux secondes (ou presque), elle était prête et se dirigea vers la porte d'entrée. Mayumi n'aimait pas spécialement recevoir de la visite ici, alors, pendant deux petites secondes, elle avait pensé à partir par la fenêtre de la cuisine. Pas un très bon plan.

Une fois la porte ouverte, elle se retrouva face à un garçon à l'allure la plus étrange qu'elle n'ait jamais vu. Il avait une drôle de veste, dont elle n'aurait su dire si elle le mettait en valeur ou non, une capuche qui l'empêchait de distinguer son visage et des lunettes qui cachait ses yeux.

Elle ne voyait pas son nom.

L'estomac noué, elle fut prise d'un mauvais sentiment, comme si il savait, comme si il était pour là pour elle, à cette heure si tôt le matin. Elle tenta de se calmer, se persuadant que, dans le quartier, personne ne savait qu'elle avait cette particularité, que personne ne savait, tout court. Ce devait être une coïncidence, et ce drôle de garçon devait s'être perdu, c'était pour cela qu'il avait toqué chez elle, non ?

« Bonjour...vous êtes perdu ? », elle tenta d'amorcer un léger sourire avant d'essayer de le dévisager du mieux possible, comme si le regarder plus longtemps pouvait faire apparaître son nom devant elle. Elle bougea un peu les lunettes de Matt sur ses yeux pour les remplacer, mais non, rien n'y faisait, elle ne pouvait pas voir ce nom.

« Ah. Vous êtes peut-être un vendeur itinérant ? Pour les vestes de sport, peut-être ? Je n'achète jamais rien, vous pouvez partir...vous allez avoir chaud, cet après-midi, vous savez, habillé comme ça... »
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Re: Asteroid blues { L Ven 27 Juil - 0:17


Elle avait raison.

C'était curieux à admettre comme ça, mais elle avait raison : il allait avoir chaud cet après-midi, s'il ne rentrait pas chez lui pour enlever cette chose noire à bandes.

Ce fut la première chose - importante - à laquelle il songea, avant de réellement la regarder. La regarder lui amena sa deuxième pensée : elle était pâle. Presque grise, comme la voûte perlée au-dessus d'eux. Comme si on l'avait façonnée dans un morceau du ciel. L plissa les yeux. C'était une pensée de poète, pas une constatation scientifique. Étonnant qu'il ait d'abord songé au poétique avant le factuel. Des faits, il y en avait pléthore. Adepte des fripes, situation professionnelle précaire, faible estime d'elle-même, et ...

L'attention du détective s'attarda un instant de plus sur la peau de la jeune femme - un instant de trop, pour le commun des mortels. Pourtant, il n'y avait dans son regard rien de concupiscent. Il faisait ce qu'il savait faire depuis qu'il avait des souvenirs : il observait.

Et comme toujours, il vit. La cicatrice en forme de Y au creux du bras, les mains étrangement rugueuses ...

Ce n'était pas le plus important. Le plus important résidait derrière les lunettes de pilote. Impossible de voir les yeux de la jeune femme. Or s'il voulait rentrer avant que la chaleur ne devienne insupportable, il fallait qu'il ait au moins cette certitude. Qu'il voit les rubis.

- Mademoiselle Mayumi Fukuda ? Je ne vends rien. Je souhaiterais simplement discuter. Je m'appelle Sanjurô Dee. Vous pouvez vous contenter de Dee.

Il ne donna pas le nom de Hideki Ryûga ; quelque chose l'en dissuada au dernier moment. Comme souvent, son cerveau avait entamé son propre parcours. Il avait lancé une machine qu'il devait suivre, sous peine d'être broyé. C'était cela, les plans de L : suivre ce que décidait son cerveau. Un peu comme, lorsque l'on se retrouve démuni face à un ordinateur, la machine prend le relais et nous explique elle-même la procédure.

Il y avait quelque chose à faire après les salutations. Il en était certain désormais. Un geste ... il s'en souvint d'un coup. Une de ses mains trop pâles quitta le refuge de ses poches et se tendit vers la jeune femme. C'était comme ça qu'on demandait une poignée de main, a priori. Il avait vu des milliers de gens le faire. Ça ne l'avait pas aidé à comprendre pour autant. Quel intérêt, si ce n'était pour se transmettre des armées de microbes ?

Enfin. Il le fallait, il le faisait. Pour l'enquête. Il se sentit pourtant obligé de rajouter quelques mots d'apaisement. Son cerveau le lui imposa, mais il ne savait trop pourquoi. Parce qu'il voulait se donner le plus de chances possible ; parce que s'il y avait poignée de main, il fallait continuer avec la bienséance ; ou peut-être - peut-être - parce que la fille avait l'air d'un lapin qui clignait des yeux devant les phares d'une voiture. L sentait son stress. Et quelque part, au fond de lui, il ne voulait pas que ce stress perdure. Ou en tout cas, il ne voulait pas en être la cause.

- J'ai appelé le commissariat pour prévenir de votre retard. Je vous indemniserai également pour votre journée de travail. Vous n'avez pas à vous inquiéter.

Il n'avait pas bougé du perron, n'avait pas esquissé un pas pour entrer. Il restait là, comme la statue oubliée d'une contrée lointaine, la main tendue dans une demande silencieuse. Lui, tant qu'il voyait ses yeux ...

- Vous ne vivez pas de vos sculptures, alors.



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Mayumi Fukuda
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Re: Asteroid blues { L Ven 27 Juil - 14:53

Sanjurô Dee ? Il aurait pu lui mentir qu'elle n'aurait pas pu le vérifier. Dee ne faisait pas trop japonais, comme nom, mais elle ne pourrait jamais le vérifier, l'étrange garçon en face d'elle étant masqué. Pourquoi voulait-il seulement discuter ? S'était-on plaint d'elle, dans le voisinage, avait-elle choqué par ses agissements alors qu'elle était probablement la fille la plus tranquille du quartier ? Mayumi était anxieuse, cette venue était étrange, elle ne présageait rien de bon.

Lui-aussi semblait étrange. Il la dévisageait aussi, mais pour une raison qui lui échappait. Elle se gratta le coude d'un air gêné avant de le voir lui tendre la main. Mayumi resta pantoise et ne la lui serra pas tout de suite.

« Le commiss- »

Une vague de peur passa dans ses yeux si habilement caché. Pendant un instant, elle songea à faire demi-tour et lui claquer la porte au nez avant de s'enfuir, mais ce n'était sûrement pas une bon idée, non ? De plus, si il était vraiment en lien avec le commissariat, il l'attraperait la prochaine fois qu'elle irait pointer, tranquillement.

Elle était innocente. Combien de fois l'avait-elle dit, combien de fois son témoignage n'avait-il eu aucune valeur ? « Comment tu savais ? » « Pourquoi il est mort, alors ? » Même si elle savait, même si elle avait su décrypter les chiffres, Mayumi était incapable de répondre aux questions qu'on lui avait posé au procès. Elle n'avait rien fait, mais elle avait tout pris : elle était alors un coupable si évident que même l'enquête de la police avait été bâclée.

Forcée d'admettre que ce Monsieur Dee avait des liens avec le commissariat, elle allait le laisser entrer, alors qu'elle entendit ce qu'il dit par rapport à la sculpture : son cœur rata un bond. Sa main droite se crispa sur la porte, elle se mordit les lèvres.

« Non. Je. C'est un loisir. »

Lui avait-on dit ou l'avait-il deviné seulement en l'observant comme il l'avait fait tout à l'heure ? Et si il avait été envoyé ici pour rectifier l'erreur qui avait été commise ? Et si il allait rouvrir le dossier et clamer son innocence ? Les yeux de Mayumi furent, un court instant, de nouveau remplis d'espoir.

Elle lui serra la main, faiblement, mais de manière marquée, comme quelqu'un qui n'a pas l'habitude de faire ce geste de salutation.

Mayumi s'éloigna de la porte et lui fit signe d'entrer. Elle alla directement à la cuisine et alla chercher la petite corbeille de fruit qu'elle ramena dans le salon. Elle la posa entre Dee et elle, comme un signe de politesse, exprimant ainsi le fait qu'elle n'avait rien contre les émissaires du commissaire.

« Vous êtes venu examiner de nouveau mon dossier ? Vous...enfin...je...je suis innocente. Je suis sûre qu'il y a des preuves qui ont dû échapper aux policiers, quelque part ? »

Pourquoi gardait-il ses encombrants vêtements jusqu'à dans sa maison ? Mayumi avança la main vers Dee, vers ses lunettes.

Pourquoi tous les hommes qu'elle rencontrait en ce moment avaient-ils des lunettes. Elle ne le toucha pas, ç'aurait été une violation de son intimité. Elle éloigna immédiatement sa main.

« Vous ne voulez pas que je voie votre visage. Vous n'êtes pas venu ici pour mon dossier. »

Il sait. Elle en était sûre : il savait.
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Re: Asteroid blues { L Lun 30 Juil - 0:15


La voir s'éloigner de la porte fut une première victoire. Le jeune homme renfonça bien vite sa main dans sa poche, et entra.

L'intérieur de la maison lui confirma ce qu'il avait déduit de l'apparence de sa propriétaire. Il s'agissait probablement d'un squat : des tags subsistaient sur certains murs et de grands tapis masquaient le sol malmené, au béton visible par endroits. Malgré cela, les lieux ne le mirent pas mal à l'aise. Il parcourut du regard les sculptures. Des statuettes diverses, des formes humaines et des créatures chimériques, des courbes rondes et pleines, rassurantes comme le bois. Lui qui se tendait au moindre risque de contamination bactériologique, il ne se sentait pas franchement gêné ici. Ses yeux voyaient pourtant le bazar environnant ; mais son cerveau ne faisait pas sa connexion habituelle. Il se demanda un instant si ce n'était pas à cause des baskets. Les baskets, le lien rompu avec la terre, etc.

- Merci, Mademoiselle Fukuda.

La jeune femme partit en cuisine. Il la suivit de son regard a priori complètement vide, puis, avec sa lenteur coutumière, s'installa dans le premier siège qu'il vit : un fauteuil club largement défoncé. Le détective replia soigneusement les jambes, et effleura du bout des doigts les accoudoirs du vénérable trône. Il avait vu les mêmes à prix d'or chez dans la vitrine d'antiquaires branchés, pas loin de là où il avait acheté sa veste. Et cette mode du jadis, cette poursuite de ce qui n'était plus, l'étonnait. Cette fille, quant à elle, ne semblait pas vivre dans la mode. Enfin, pour ce que L en savait, de la mode ...

Ses pensées s'interrompirent quand il vit arriver la corbeille. A l'excitation légitime qui naquit dans sa poitrine, succéda vite une déception proche du désarroi. Il se pencha un peu plus, les yeux légèrement écarquillés. Son observation confirma ses craintes.

- Si vous me demandez mon avis, votre dossier n'a pas lieu d'être. A vrai dire, je pourrais faire en sorte qu'il soit purement et simplement classé. Vous n'aviez aucun mobile, aucune raison de souhaiter la mort de votre grand-père. Vous n'avez pas le profil d'une tueuse en série. Vous accuser de meurtre est absurde.

Il avait dit tout cela d'un ton rapide mais bas, absent. Et pour cause : tout autre chose l'inquiétait en cet instant.

L releva soudainement les yeux lorsque la fille approcha sa main. Il la vit renoncer, mais de toute manière, il savait qu'elle ne serait pas allée plus loin. Elle était trop effrayée. Et cela - il ne sut trop dire pourquoi - ne lui plaisait pas. Il n'aimait pas savoir qu'il provoquait de la peur chez cette femme. Surtout que pour le moment, celui qui avait des raisons légitimes de paniquer, c'était lui.

Son regard resta braqué sur elle encore quelques secondes. Sur son visage qu'il trouva harmonieux - constat, sur ses cheveux aussi ébouriffés que les siens. Puis il esquissa un mouvement étrangement hésitant vers la corbeille. Sa main arachnéenne se figea, suspendue au-dessus des fruits qui attendaient. Il y avait là des oranges, une grenade, et quelques kiwis.

Les fraises et les bananes passaient encore ; parce que les premières se mangeaient entières, et les deuxièmes ne nécessitaient que trois mouvements brefs, peu salissants. Les pommes, à la rigueur ... mais le reste, quand il le voyait arriver, s'était déjà épluché et coupé en cubes dans une coupelle.

Ce jour-là, il avait décidé de sortir seul. Watari n'était pas là.

- Excusez-moi, souffla-t-il, sur le ton de celui qui ne pouvait plus garder cela sur le cœur. Soyez assurée que je ne vous veux pas de mal. Nous parlerons, je vous expliquerai. Mais tout d'abord ...

Il fixait toujours la corbeille. Son index finit par se poser sur la grenade.

- Comment cela s'ouvre-t-il ?

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Mayumi Fukuda
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Re: Asteroid blues { L Lun 30 Juil - 18:39

Les yeux de la jeune femme se remplirent de larmes lorsqu'elle entendit le détective dire que son dossier n'avait pas lieu d'être et qu'elle n'avait pas le profil d'un serial killer. Elle pressa rapidement son bras contre ses yeux pour évacuer les quelques larmes qui avait fuité, puis se mordit les lèvres.

Il y avait tant de choses à dire : elle n'avait pas le profil d'un serial killer et pourtant, elle avait passé trois années dans une chambre aussi blanche que ses barreaux étaient gris. Elle avait connu les perfusions, les après-midi de vague dus aux médicaments admonestés,  et les crises de colère qui la prenaient, parfois, quand la vie était trop injuste. Tout cela pour rien.

Mayumi se sentait vidée de ses forces. Elle aurait voulu être normale, que sa différence ne soit pas un handicap. Elle leva de nouveau son regard vers Dee et l'observa en train d'essayer de se débattre avec une grenade. Il ne savait pas faire ? Quel était le genre de gens qui ne savait pas couper une grenade ? Du genre qui avait grandi dans un cocon protégé du monde ou qui était différent des autres, comme elle ?

Elle ne sut vraiment pourquoi, mais même s'il demeurait une appréhension palpable, elle se résolut à lui faire confiance.

Cette manière de toucher la grenade, de se comporter, de poser ses pieds sur le fauteuil, elle sentait qu'il était différent.

« En fait, le but, c'est de manger les pépins. Le reste, on s'en fiche. », elle lui tendit un couteau qu'elle avait préalablement posé dans la corbeille pour qu'il le fasse de lui-même. « Vous commencez par couper les extrémités. Ensuite, à partir du haut, vous la coupez en quatre de manière à en faire des quartiers. Normalement, on doit sortir les pépins pour les manger, mais on peut les prendre avec ses doigts...je préfère. Enfin je peux vous sortir un bol, si vous voulez. »

Elle avait parlé d'un ton doux, bas, mais elle n'avait pas oublié qui était Dee et d'où il venait. Jusqu'à présent, il ne s'était que présenté et ne lui avait pas dit exactement pour quoi il venait. S'il y avait une tension palpable, maintenant, ce n'était plus vraiment dû à la présence de L, mais surtout à la raison qui l'avait amenée jusqu'ici. Mayumi se doutait qu'il s'agissait de ses yeux, c'était même certain. Elle savait que le sujet allait arriver d'un moment à l'autre, inévitablement. Elle était mal à l'aise d'avance. Elle respira profondément, arriva à trouver une certaine stabilité pour faire ce qu'elle avait à faire.

« Je veux vous voir. »

Elle attendit que Dee eut réussi à couper la grenade pour enlever les lunettes d'aviateur. Elle les posa là, sur le côté, précieusement. C'était un cadeau qui lui tenait à cœur, elle ne voulait vraiment pas les casser.

Enfin, face à elle, Mayumi Fukuda ouvrit les yeux.

Ils étaient d'un rouge vermeil fascinant, hypnotisant. Elle était loin de se douter qu'il y avait des années, Dee avait côtoyé un enfant qui possédait les mêmes avant de devenir fou sous le poids de la compétition. Elle était loin d'imaginer que Kira serait heureux d'avoir quelqu'un comme elle à ses côtés pour tuer sans diviser sa ligne de vie par deux.

Non, Mayumi Fukuda ouvrit juste les yeux.

« C'est ça que vous vouliez voir ? Je n'ai pas de lentilles, si c'est ce que vous vous demandiez. »
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L
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Camp ? : Celui des justes.
Re: Asteroid blues { L Mar 31 Juil - 0:51



Il réprima un frisson en voyant le couteau. Il le saisit par la poignée, entre le pouce et l'index, et en contempla longuement la lame. S'en servir, lui ? Il n'aimait pas ça. Oh, il n'aimait pas du tout ça.

L savait se battre, mais à pieds et mains nus. Il savait manger, mais pas préparer avant. Il sentait qu'il allait se ridiculiser, qu'elle allait le prendre pour un attardé - c'était certainement déjà le cas. En temps normal, il se moquait du regard des autres. C'était peut-être aussi parce qu'il ne les croisait jamais vraiment, les regards des autres. Très peu de gens l'avaient vu en chair et en os. Si on mettait bout à bout toutes les enquêtes qu'il avait menées à terme, le nombre en paraissait d'autant plus ridicule. Il n'était pas un show-man. Il ne travaillait pas pour le public ; il avait depuis longtemps abandonné l'idée de relations normales. Tout son réseau, tous ses contacts humains, tous ses actes, tendaient vers un seul but : une justice paisible et perpétuelle sur Terre.

La grenade, aussi anecdotique que cela pût sembler, faisait partie de cette vision générale. S'il parvenait à en tirer les grains et à les consommer, cela augmenterait son efficacité d'au moins 20%. Il ne crachait jamais sur un booster. Sa main se resserra lentement sur la poignée.

Alors qu'il faisait de son mieux pour appliquer les instructions, un reniflement rompit sa concentration. Le détective releva la tête. Il la vit s'essuyer les yeux d'un revers de manche. Et il réalisa qu'il ne pouvait pas expliquer ses larmes. Qu'avait-il dit de brutal, de méchant ? Il avait beau rembobiner ses propres mots, il ne lui semblait pas avoir été rude. Non, ce n'était pas sa faute. Pas de manière directe en tout cas. Cette femme était triste, et ce depuis des années. A nouveau, ce constat lui provoqua une étrange peine.

- Je suis si maladroit que ça ? fit-il en montrant le couteau.

Ce n'était pas de l'humour – pas volontaire, du moins. C'était simplement la seule explication qu'il avait trouvée, pour ce qui avait déclenché les larmes de son hôte.

- Vous ne devriez pas pleurer, poursuivit-t-il, d'un ton blanc.

Il savait qu'au fond, cela ne lui ferait pas de bien. Il n'était pas doué pour réconforter les autres ; même Watari ne le savait que trop bien. Pourtant, son cerveau s'obstinait. Comme si derrière, il y aurait une récompense. Que si Mayumi Fukuda allait mieux, il en retirerait un quelconque bien-être.

- Je suis navré. Les circonstances m'interdisent de me montrer. Je ne suis même pas censé sortir.

Sous la lame du couteau, des gouttelettes rougeâtres éclaboussèrent son pull de taches quasi-invisibles. Enfin, la grenade s'ouvrit, révélant son trésor : des dizaines de pépins juteux, luisant comme des bancs de corail au fond d'un océan merveilleux. Malgré lui, L éprouva une drôle de fierté, semblable à celle d'un enfant. Il l'avait fait tout seul.

- Vous en vouliez, peut-être. C'est grâce à vous.

Il prit l'un des quartiers qu'il avait si admirablement découpés, et tendit le bras par-dessus la table basse pour le lui proposer. Mais il se figea net. La jeune fille venait de retirer ses lunettes.

Les rubis étincelèrent. Leur éclat, la richesse de leurs reflets, leur innommable beauté le frappèrent de plein fouet. Pendant un instant, il se souvint de la dernière fois qu'il avait croisé un regard semblable. Il pensait arriver à se dégager de l'image de B, mais son double resterait toujours là, quelque part au fondement de ce qu'il était. Il s'était forgé à travers lui, d'une certaine manière. Il n'avait pas oublié – L était-il capable d'oublier quoi que ce soit ? – mais il l'avait dépassé. Comme il avait dépassé des milliers de cauchemars.

Il s'attendait à voir les mêmes yeux aujourd'hui. Et c'était les mêmes, si l'on ne songeait qu'à leur pouvoir : L les aurait reconnus entre mille, ces yeux-là. Pourtant, ceux de Mayumi Fukuda étaient différents. Radicalement différents. Le détective n'y trouva aucun danger, aucune malice ; seulement une mélancolie singulière, une bonté rare. Quelque chose le toucha à la poitrine, dans cette zone où il avait pour habitude de ne jamais aller.

Il plongea.

Cet instant-là engloutit son souvenir de B. Il effaça même la raison pour laquelle il était venu ici. Le jeune homme ne voyait plus rien d'autre que ces deux gemmes. Elles avaient la teinte rare et somptueuse d'une mer de roses – des pétales de velours. Leur profondeur pulsait, coeur battant du bout des mondes. L'univers était rouge.

L Lawliet avait soudain la sensation de n'être jamais né.

- Magnifique.

Il ne s'entendit pas le dire. Sa main était toujours suspendue au-dessus de la corbeille, à mi-chemin entre lui et Perséphone. Les pépins de grenade, si attirants une seconde auparavant, lui semblaient maintenant d'une pâleur morne. Ses yeux déjà ronds s'étaient encore écarquillés, lui donnant une moue presque comique.

Le Cerveau venait d'abdiquer. Que faire, désormais ? Pouvait-il seulement bouger ?

- Je suis désolé, murmura-t-il.

Il ignorait de quoi il s'excusait.

- Ne soyez pas triste. S'il vous plaît.

Il reposa le quartier sur la table. Il n'en avait pas retiré un seul pépin ; ses longs doigts blancs avaient pourtant l'air conçus pour cette tâche.

- Je vais passer un appel. Vous n'aurez pas à aller pointer aujourd'hui. Ni demain, ni aucun autre jour. Vous êtes innocente.

Rien d'exceptionnel pour lui ; faire ou défaire des dossiers, envoyer derrière les barreaux ou innocenter d'un coup de fil, cela lui était arrivé plus d'une fois. Dans 98% des cas, il ne se rendait même pas sur place avant de donner sa déduction implacable. Son formidable cerveau se passait très bien du monde tangible.

Quant à savoir s'il se passerait des Yeux qu'il avait en face de lui ce matin-là … c'était un autre problème.

Il sortit son téléphone de sa poche, comme on sortait un mouchoir sale d'une poubelle. Pour le moment, ce coup de fil.

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Mayumi Fukuda
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Re: Asteroid blues { L Mar 7 Aoû - 20:21

« Ca va aller, merci. », fit-elle pour lui signifier qu'elle ne prendrait pas de grenade.

C'était déjà trop tard car Dee semblait avoir été avalée par la force d'attraction de ses yeux. Une personne non connaisseuse aurait parlé de coup de foudre, Mayumi aurait simplement dit que c'était un état dont elle avait potentiellement l'habitude.

Hormis que normalement, la réaction courante à ce phénomène, c'était plutôt l'horreur, et non cette espèce de fascination émerveillée. Pendant les années à l'hôpital, elle n'avait pas eu de lunettes et avait rencontré l'incompréhension et l’écœurement de ses semblables. Certains l'avaient traité comme un monstre, accentuant son isolement et le caractère qu'elle avait aujourd'hui.

À part Matt qui l'avait traitée comme un être humain, bien qu'il ait appris le fonctionnement et la nature des yeux, personne n'avait jamais réagi de la sorte, surtout autant que Dee.

Elle n'avait pas encore remis les lunettes, prolongeant le charme le temps qu'il pouvait durer. En réalité, même si la présence du déguisement était gênante, elle se sentait relativement humaine, à lui parler comme ça, à Yeux découverts. Aucun chiffre, aucune lettre n'apparaissait. Était-ce pour autant positif ? Mayumi n'aurait su le dire.

Il sembla enfin bouger et lui apprit qu'elle n'aurait plus à pointer, plus jamais. Que son dossier allait être lavé de toute trace de culpabilité.

C'était trop.

Cette fois-ci, de grosses larmes apparurent dans les yeux vermeils. Ce n'était des larmes de tristesse ou d'appréhension, mais des larmes de soulagement : c'était tout, c'était fini. Elle écouta à peine ce qu'il pouvait dire au téléphone, mais elle se tenait fermement à quelque chose qui devait être sa couverture improvisée pour dormir tout en reniflant régulièrement. Peu présentable, elle finit par aller chercher un gros rouleau d’essuie-tout pour se moucher un bon coup et nettoyer son visage.

Le futur allait être plus radieux, non, et plus ouvert ? Elle allait enfin pouvoir candidater aux offres qui demandaient un dossier judiciaire vide...qui sait, elle allait peut-être trop enfin le métier qui allait lui plaire ?

Il y avait quelque chose de trop beau, pourtant, dans cette mixture qui semblait trop agréable. Elle avait juste montré ses yeux et il avait pris la décision, comme ça, d'une seconde à l'autre, de tout supprimer. Comme il avait l'air d'être vraiment lié à la police, elle l'avait cru, mais...

Rien n'était gratuit.

Mayumi Fukuda remit les lunettes qui appartenaient jadis à Mail Jeevas. Une douce lueur orange contrasta son champ de vision habituellement rouge. Elle se surprit à sourire, songeant que ce garçon avait rendu sa vie tellement plus agréable.

Dès que Dee eut relâché le téléphone, Mayumi serra de nouveau la couverture comme si elle désirait faire sortir un stress un peu trop présent en sa présence.

« Ce n'était pas gratuit, je suppose. Personne ne fait des choses gratuitement. Vous savez ce qu'ils permettent de voir ? », fit-elle. Elle ne dévoilerait pas au premier homme venu, même s'il la libérait de la contrainte d'avoir un casier judiciaire, à quoi servait les yeux. Dee avait l'air honnête, même si « bizarre » aurait plutôt été le juste mot, mais elle devait être prudente.

« Vous avez dit qu'ils étaient magnifiques...je les trouve horribles, encombrants. Avez-vous déjà rencontré quelqu'un qui possède les mêmes ? »

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L
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Re: Asteroid blues { L Mer 8 Aoû - 17:57

L'appel fut bref. Quand L donnait des instructions, c'était assez concis – et cela suffisait. Lorsque le détective raccrocha, il réalisa que son hôte n'allait pas mieux. En tout cas, elle n'en avait pas l'air. Il avait tout fait, pourtant …

- Pleurer est inutile.

Il ne savait plus comment lui signifier de ne plus pleurer. Plus il y songeait, et plus la voir pleurer le mettait mal à l'aise. Plus que le bazar ambiant, plus que le jus de grenade qui lui poissait les doigts. Il ne comprenait pas les larmes en général – enfin, il comprenait le fonctionnement des glandes lacrymales, mais sa compréhension s'arrêtait là.

Il se pencha sur un quartier de grenade, et après une hésitation, entama son chemin de croix pour retirer un pépin. En retirer un seul, c'était éclater tous ceux autour. Pas pratique du tout. Il se demanda comment Watari surmontait cette épreuve jour après jour. Et lui, il faisait aussi les mangues. La simple vue des moitiés de mangues s'ouvrant sur des cubes parfaits le plongeait dans une fascination profonde.

- « Magnifiques » ? J'ai dit cela ?

Il ne l'avait pas entendu. C'était embarrassant. Il ne voulait pas qu'elle le trouve bizarre.

Une partie de son cerveau lui dit que pour ça, c'était déjà raté.

Il continua d'éventrer méticuleusement son quartier de grenade, pensif. Lui parler de Beyond Birthday ? Quelles étaient les chances que cela se retourne contre lui ? Assez faibles, à vrai dire. L'affaire avait été médiatisée, elle pouvait trouver l'information d'une autre façon. Et de toute manière, elle ne trouverait sans doute pas cela très important.

- Je sais ce que font ces yeux. Du moins, ce qu'ils sont capables de faire. J'ai rencontré un homme qui possédait les mêmes et qui s'en servait. Pas à bon escient. Pour être honnête, j'ignore si on peut vraiment utiliser ces yeux à bon escient. Une bonne personne peut lutter pour vivre avec sans sombrer dans la folie. C'est tout. La personne que j'ai connue n'y est pas arrivée. Mais son cas n'est pas une fatalité. Les yeux ne conditionnent pas ce que vous êtes. Ils ne feront pas de vous un monstre, si vous ne le voulez pas.

L'effort finit par payer : un pépin, un seul, quitta son banc de rubis. L le saisit entre le pouce et l'index, le souleva à hauteur de ses grands yeux noirs et l'observa longuement, comme il le faisait toujours.

- Pour information, oubliez le commissariat. Vous n'avez plus rien à faire avec eux. Faites de votre mieux pour n'avoir jamais rien à faire avec eux. Les policiers les plus tenaces sont les meilleurs … mais j'imagine que pour une personne qui n'a rien fait, ce sont les pires.

Il mit le pépin dans sa bouche, croqua. Le pépin éclata sous sa dents, un instant de fraîcheur aussi agréable que fugace. Au moins, il n'avait pas l'air de parler la bouche pleine. Curieuse, la réaction de cette fille. Pourquoi personne ne ferait des choses gratuitement ? Il en connaissait des centaines, qui sacrifiaient du temps, des nerfs, parfois toute vie sociale ou familiale, pour une cause qui leur semblait juste. Il était entouré de gens de cette trempe.

- Vous voulez vraiment que ce soit du donnant-donnant ?

Il réfléchit un instant, reposant lentement ses mains sur ses genoux repliés. Connaissait-elle l'affaire Kira ? On en parlait déjà dans les médias, mais Mayumi Fukuda semblait ne pas avoir de télévision, ni d'abonnement à un journal. Pas de connexion internet non plus, a priori. Et pas du genre à bavarder avec ses collègues, d'autant qu'elle ne devait pas avoir le temps de s'attacher à une équipe. La précarité du travail menait à une précarité sociale. Ça, il l'avait lu. En matière sociale, L s'était limité à lire.

50% de chances qu'elle sache. Autant reprendre dès le début.  

- Depuis quelques mois, la police de Tokyo fait face à un tueur en série qui se fait appeler Kira. Il s'est auto-proclamé représentant de la Justice. À ce titre, il s'est donné pour mission d'éliminer tous les criminels du Japon – et à terme, du monde. Pour cela, Kira dispose d'une arme qui lui permet de tuer à distance. Si nous ignorons encore son fonctionnement précis, nous avons pu déduire certaines de ses règles. Nous supposons que pour pouvoir utiliser l'arme, il est nécessaire de connaître le véritable nom et le visage de sa victime. Vous comprendrez donc mon accoutrement ainsi que ma fausse identité.  Et vous comprendrez que vos yeux peuvent représenter un trésor pour Kira, ou ses acolytes s'il en a.

Il tendit le bras, en quête d'un deuxième pépin.

- Bien. Maintenant, écoutez attentivement. Il se trouve que nous ignorons qui est Kira. Nous ignorons s'il a des complices. Il s'agit de savoir qui aura l'autre en premier. En attendant … si vous souhaitez vraiment me donner quelque chose en échange, voilà ce que je vous demanderai. Si jamais vous rencontrez une personne qui vous demande d'utiliser vos yeux, refusez. Quoi qu'il arrive, qui que ce soit, même s'il a ma tête, même s'il est de la police ou médecin, n'acceptez jamais de livrer un nom. Gardez précieusement les noms et les dates, soyez très vigilante si vous décidez de les communiquer de votre plein gré – mais même cela, j'éviterais à votre place. Ce sont des informations trop précieuses pour la bataille que nous livrons.

Deuxième pépin sorti. Il y arrivait de mieux en mieux – ou alors, il éprouvait le besoin de s'en convaincre.

- Je ne vous imposerai pas de participer à cette bataille. Si je m'écoutais, je ne voudrais pour rien au monde que vous y soyez mêlée. Mais … cela, je vous le demande comme une faveur. Refuser est un danger, je veux que vous en ayez conscience. Il se peut qu'en refusant, vous vous exposiez à des représailles. Il est impossible de savoir quels noms Kira connaît, tant qu'on n'a pas été mis à mort. Et cela peut être très angoissant. Cela peut conduire à se protéger, à prendre les devants et aider l’œuvre Kira, en croyant que cela nous mettra à l'abri. Mais personne n'est à l'abri. Je pense que ses alliés le seront encore moins. D'un côté comme de l'autre, nous sommes coincés.

Il avala le deuxième pépin. Décidément, la récompense était trop brève pour l'effort consenti. Il avait éprouvé bien plus de satisfaction en contemplant le regard de son hôte ; maintenant qu'il était de nouveau caché, de façon assez inexplicable, il éprouvait comme une pointe de tristesse. Les lunettes lui allaient, de toute façon, tout devait lui aller. Mais le visage harmonieux de Mayumi Fukuda n'était plus entier. Elle ne resplendissait pas comme elle le devait.

Pourquoi l'avait-on obligée à les cacher ? Était-ce « contre nature », si elle était née avec ? Watari lui avait demandé de faire des efforts pour comprendre la société. Les efforts, lui les faisait. Il attendait toujours que la société les fasse.

-  Je voudrais … que vous puissiez rester du côté des justes. Je devine que peu de gens l'ont été envers vous au cours de votre vie. Vous demander cela peut paraître excessif, et je ne vous connais pas. Mais je sens que vous pouvez faire un beau parcours. Vivre une belle vie, traverser l'ère sombre qui s'annonce sans vous tacher. C'est tout ce que je désire pour vous.

Il baissa de nouveau le regard – il ne songeait plus vraiment à la grenade.

- Vous avez raison, lâcha-t-il après une hésitation. « Magnifique », j'ai dû le dire.

« Ce n'était pas seulement pour les yeux ». Une alerte rouge se déclencha dans son cerveau : pensée inenvisageable. Il fit de son mieux pour l'étouffer.

- Navré. C'était sans doute déplacé de ma part.

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Mayumi Fukuda
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Re: Asteroid blues { L Ven 10 Aoû - 13:58

La contrepartie n'était pas ce qu'elle attendait, à un tel point que Mayumi en resta bouche-bée. Elle s'était plutôt attendu à ce qu'il lui demandât des noms, celui de tel ou de tel homme, des types gênants sur lesquels il fallait mettre une identité. Qu'on lui demande de ne pas les utiliser, même si c'était dangereux à refuser, était plus rassurant que l'inverse.

Enfin, Mayumi se détendit. Elle souffla un bon coup et hésita même à enlever de nouveau les lunettes. Elle ne le fit pas car la lumière orangée apportée par ces verres était très apaisante.

Le détective Dee était quelqu'un de bien. Si elle en avait le pressentiment avant, elle en était désormais certaine. Elle sentait son honneur et sa bonté. Elle était certaine qu'il avait un sens de la justice très aigu, beaucoup plus que le sien, en tout cas.

Elle connaissait Kira de nom, mais c'était plus quelque chose entendu de loin. Elle avait entendu des bribes de conversations évoquer son nom, dans les différents travaux qu'elle avait fait, mais elle ne s'était jamais renseignée outre mesure. Elle avait cru comprendre qu'il était un homme très dangereux et l'explication de Dee lui apporta les preuves qu'il l'était encore plus qu'elle ne le pensait.

« Tuer...à distance ? Comment est-ce possible ? Il n'a pas un complice ? Ou prends du poison, comme celui du fugu ? Tout cela paraît tellement surnaturel ? »

Pas autant que ses yeux, mais ils n'avaient jamais été que le seul élément bizarre dans sa vie et elle les considérait comme « normal ». Elle ne savait d'ailleurs pas si elle devait être rassurée par le fait qu'il y ait quelqu'un d'autre en ce moment qui possédait son « don », surtout s'il était devenu fou à cause des visions que les Yeux leur infligeaient. Mayumi se mordit les lèvres trois secondes en imaginant cet homme et ce qu'il avait pu ressentir. Il l'imaginait avec sa famille, avec les gens qui étaient morts ou qui allaient mourir. Elle aussi aurait très bien pu tourner. Plusieurs fois, elle avait même hésité à en finir pour ne plus endurer ce calvaire.

Elle posa sa main sur celle de Dee.

« Arrêtez. », dit-elle.

Elle se leva et se rendit de nouveau dans la cuisine pour aller chercher un bol et une cuillère. Elle resta un moment face au meuble et souffla. Aurait-elle été capable de faire du mal à quelqu'un, juste parce qu'elle possédait les yeux ? Non, sûrement. Elle s'assit de nouveau devant L, prit la grenade et entreprit, précautionneusement, mit les petites graines dans le bol. Dès qu'elle eut fini, elle le lui tendit.

« Ça devrait être mieux comme ça. »

Elle avait tardé à le remarquer, mais il était assis très bizarrement. C'était comme s'il était courbé alors même qu'il avait une chaise, comme si il était si spécial qu'il avait besoin d'une position particulière pour penser.

« Mh...Dee. Je vais accepter. De toute façon, je ne comptais pas utiliser ces Yeux à une quelconque fin. J'ai suffisamment de difficultés lorsque je croise quelqu'un sur le point de mourir, alors les utiliser pour le compte d'un criminel, non. Hors de question. Nous ne savons pas ce que le futur nous réserve, mais ces Yeux ne sont pas bons. Comme vous l'avez dit, il est très difficile de vivre avec sans sombrer dans la folie, votre connaissance en a fait les frais. J'espère qu'il va mieux maintenant, juste. », fit-elle, optimiste pour une fois.


Il lui avait dit qu'ils étaient magnifiques, en effet, alors, Mayumi tourna légèrement la tête vers la droite et cache maladroitement ce qui avant l'air d'une soudaine rougeur. Elle chercha soudainement quelque chose pour changer de sujet et le trouva, cette chose qui la tracassait depuis quelques jours.

« ...C'est donc cela, cette histoire de noms. Il y a des organisations qui cachent le nom de certaines personnes importantes, comme vous, vous pensez ? Il y a quelques jours, j'ai rencontré un garçon et j'ai prononcé son prénom sans faire attention. Il a compris que j'étais spéciale, vous n'êtes donc pas le seul à être au courant pour moi. Il me semblait digne de confiance, il avait l'air spécial et j'avais l'impression de ne pas pouvoir le tromper...Et je ne le voulais pas. Je lui ai tout dit. »

Ses mains touchèrent rapidement les branches des lunettes d'aviateur.

« Vous voulez le retrouver ? Il peut être dangereux ? Je ne le pense pas, mais après ce que vous venez de dire, je ne suis plus sûre de rien. »
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L
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Re: Asteroid blues { L Lun 5 Nov - 18:47


Il eut un bug. Un vrai bug, chose qu'il pensait ne jamais ressentir encore une demi-heure auparavant. Le genre qui bloquait tout : terminaisons nerveuses, myocarde, cerveau. Cela dura une seconde - l'instant où la main de Miss Fukuda toucha la sienne.

Il s'obligea à ne pas y prêter attention. Cela aurait dû l'inquiéter, mais son corps reparti très vite. Alors il ne s'inquiéta pas.

Ça devait ressembler à ça, la première seconde d'une crise cardiaque.

Il la regarda s'occuper du fruit, avec une dextérité qui le fascina. Comment pouvait-on manier les objets avec tant d'élégance ? De quoi les mains humaines étaient capables ! Plus il la regardait faire de ses immenses yeux noirs, et plus il se disait qu'il ne pouvait pas rester ainsi, gauche comme un vieux singe, à galérer dès qu'il fallait soulever un téléphone. Il avait peur des bactéries, certes. Mais elle n'avait pas l'air d'en mourir, elle.

- Nous ignorons s'il a un complice, ou plusieurs. Nous espérons que non, mais il faut être prêt à tout.

Elle réfléchissait vite. Et elle tirait les conclusions qui s'imposaient. Il l'identifia définitivement comme un élément fiable. Une petite partie de son esprit, celle encore encline à la fierté, se dit qu'il avait bien fait de sortir de son hôtel. Le risque en valait la peine.

Il admira les grains parfaitement épluchés dans le bol, comme un chevalier qui venait d'atteindre le Graal. Si Dieu existait, ce n'était certainement pas le meurtrier Kira ; c'était celui qui avait créé cette merveille. Des dizaines de petits rubis, autant de capsules au goût divin. Il en prit un, l'avala, puis deux, puis trois, puis dix. Il ne voulait plus manger que ça. Pendant qu'il mangeait, il écoutait. Il regardait là où la main de la jeune femme se portait, à savoir les lunettes. Il commençait à les reconnaître. Comment avait-il fait pour ne pas les reconnaître tout de suite, d'ailleurs ?

Trop occupé à la regarder.

Aussitôt pensé, aussitôt expulsé. Il se concentra sur les lunettes. Il n'aimait que modérément les adages et les expressions populaires, mais il devait l'avouer : le monde était petit. Combien de monde y avait-il à Tokyo ? Combien de probabilité pour que Mayumi Fukuda rencontre Mail Jeevas ? Moins d'une chance sur cent - largement moins.

- Vous connaissez donc Matt. Il n'est pas dangereux. Du moins, pas pour nous. Et puisque vous m'avez promis de ne pas utiliser ce que vous avez à de mauvaises fins, cela ne devrait mettre personne en danger.

Il avait dit à peu près tout ce qu'il avait prévu de dire cet après-midi. Une bonne chose de faite. Mais voilà, il restait des grains de grenade dans le bol, et il aimait bien ce canapé. Son regard glissa par-dessus l'épaule de la jeune femme.

- Que sculptez-vous ?

Il faisait la conversation. Lui.
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Asteroid blues { L
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